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Visite au COSC, temple du contrôle chronométrique suisse

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October 2011


On voit souvent accolée à une montre (en fait, sur 3% seulement des montres suisses) la mention “certifié COSC”. Mais qu’est-ce au juste que le COSC, soit le Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres? Que certifie-t-il au juste? Quelles sont ses méthodes de travail? Pour en savoir plus, Europa Star s’est rendu dans un des trois bureaux du COSC, celui de Bienne – les deux autres étant à La-Chaux-de- Fonds et à Genève.

Même si c’est faire injure à la majorité de nos lecteurs professionnels, rappelons quand même en passant qu’un “chronomètre” n’est pas un “chronographe”. Selon la propre définition du COSC, "un chronomètre est une montre de haute précision, capable d’afficher la seconde, dont le mouvement a été testé durant plusieurs jours dans différentes positions et à différentes températures, par un organisme officiel neutre (COSC). Les mouvements qui alors satisfont aux critères de précision édictées par la norme ISO 3159 reçoivent un certificat officiel de chronomètre." Tout est dans cette définition, mais encore faut-il la décrypter. A commencer par la fameuse “norme ISO 3159” que les responsables du COSC nomment, respectueusement mais avec un petit sourire, “la Bible” du chronomètre. Entre autres spécifications édictées par cette norme (qui est soumise à droit d’auteur et ne peut donc pas être reproduite ici in extenso), les principales portent sur les critères éliminatoires à atteindre pour obtenir la certification.

Un tableau résume ceux-ci:

Visite au COSC, temple du contrôle chronométrique suisse

Précisions statistiques

En 2010, ce sont très exactement 1’276’714 mouvements qui ont ainsi été certifiés par le COSC. Des mouvements essentiellement mécaniques, la certification quartz existant mais n’étant que fort peu pratiquée (seuls 19’799 mouvements quartz certifiés en 2010). Le COSC, organisme indépendant et officiel, est juridiquement une association à but non lucratif, créée en 1973 par les cinq cantons horlogers de la Suisse – Berne, Genève, Neuchâtel, Soleure et Vaud – ainsi que par la FH. Le COSC communique ainsi les certifications obtenues marque par marque permettant incidemment de découvrir les chiffres par ailleurs confidentiels de certaines marques. Ainsi, trois grandes marques composent l’essentiel de ces certification COSCs: Rolex avec 611’424 chronomètres certifiés en 2010, suivi d’Omega, avec 342’798 certificats, puis Breitling, avec 122’649 certificats obtenus (notons aussi au passage et en ordre décroissant les 34’254 Chopard, les 26’291 Panerai, les 25’384 Mido, les 24’541 TAG Heuer ou encore les 13’335 Titoni). Le taux d’échec global se monte bon an mal an à environ 5% des pièces soumises.

Visite au COSC, temple du contrôle chronométrique suisse

Un cycle de contrôle de 16 jours

Le cycle de certification dure 16 jours. Tous les mouvements soumis arrivent dotés d’un numéro d’identification unique gravé à même le mouvement et munis d’un cadran de contrôle anonyme dont les normes sont spécifiées par le COSC. Ce cadran comporte un système de points de repère qui permet un centrage absolu de l’image, rendant la mesure insensible à la tolérance de position du mouvement qui sera ensuite placé sous la caméra.

Chaque pièce parvient au COSC avec toutes ses spécificités techniques détaillées par la marque déposante (par exemple, les mouvements comportant des plaques additionnelles sont contrôlés avec celles-ci montées) et un code-barre attribué à chaque pièce permet une traçabilité totale.

La première opération est l’identification des pièces dans le système informatique du COSC puis leur conditionnement dans des “barquettes” avant d’être armées automatiquement puis d’aller au repos 24h avant leur première mesure.

S’ensuit pendant 15 jours, samedis et dimanches compris, une série de tests répétitifs. Première étape, le temps indiqué par la montre est individuellement enregistré sur un serveur contrôlé par une horloge atomique. Ce temps de référence enregistré va permettre de déterminer les écarts successifs de la marche du mouvement. Entre ces contrôles de marche, le mouvement va être chaque fois mis au dépôt, successivement dans 5 positions différentes (vertical à 6h, à 3h, à 9h et horizontal côté cadran puis côté mouvement) et 3 températures de stockage 23°, 8° et 38°.

Visite au COSC, temple du contrôle chronométrique suisse

La mesure quotidienne détermine l’état de la marche (c’est à dire le temps affiché par le mouvement) par rapport à son temps de référence. Cette mesure, dite “par différenciation d’états” permet “d’intégrer le comportement du mouvement dans le temps”, comme le dit le COSC, car il tient compte des variations d’amplitude ainsi que des infimes perturbations mécaniques propres chaque mouvement.

Ce contrôle est effectué par des systèmes de vision industrielle: un senseur est couplé à une optique qui détecte la position de l’aiguille des secondes sur la division du cadran. La saisie et le calcul des données recueillies sont automatisées.

Les mêmes procédures, mais effectuées manuellement, sont réservées à des mouvements présentant des spécialités, des échappements particuliers, par exemple, ou des pièces uniques qui nécessitent un protocole individualisé (c’est sur ce banc individuel que seront contrôlées les montres, terminées, qui participent au prochain grand Concours de Chronométrie). Par ailleurs, les calibres s’étant notoirement agrandis au cours de la décennie écoulée, les machines employées par le COSC ont dû être adaptées aux nouvelles dimensions.

Qu’en coûte-t-il aux marques de faire certifier “chronomètre” leurs pièces: 5,25 CHF pour les grandes séries, et 130.- CHF pour les spécialités dont le contrôle est manuel (soit la coquette somme de plus de 3 millions de CHF pour Rolex, par exemple, sans compter les coûts administratifs).

Visite au COSC, temple du contrôle chronométrique suisse

Valeur d’un certificat

Le jeu en vaut-il la chandelle? Certes, l’obtention d’un certificat COSC apporte un prestige supplémentaire à la pièce, surtout quand on se rappelle que seuls 3% des montres suisses sont certifiées COSC. Mais on entend aussi certaines critiques quant à la méthodologie employée, notamment le fait que les mouvements sont contrôlés avant emboîtage, une opération qui peut avoir une influence péjorative sur la marche des mouvements (le fait également que les mouvements automatiques sont contrôlés sans leur masse oscillante). Ces critiques, Bernard Dubois, directeur du COSC de Bienne, avoue les comprendre. Mais contrôler un nombre si élevé de montres emboîtées par an nécessiterait une refonte totale des machines et des procédures, chaque montre ayant alors des spécifications très différentes les unes des autres (et, comment mesurer la marche avec précision sur des cadrans de toutes couleurs et dont les degrés de lisibilité diffèrent fortement?).

Le COSC reste donc un certificat dont la validité est entière, même si elle peut être quelque peu altérée par un mauvais emboîtage. Mais la balle est alors dans le camp des marques qui doivent veiller à la qualité de leur emboîtage et le contrôler avec sévérité. Car quel client accepterait que sa montre certifiée COSC avance ou retarde d’un delta supérieur à celui officiellement annoncé? Il en va de la crédibilité non seulement du COSC mais de l’ensemble l’horlogerie suisse pour laquelle le COSC reste aussi et surtout un outil promotionnel et de marketing qui a toute son importance.

Source: Europa Star Première Vol.13, No 5